dimanche 22 mai 2011

la question du "modèle"

Régulièrement, la question du "modèle" sature ce qui semble être une réflexion sur la société.
Malheureusement les effets de mode donnent des "modèles" successivement exposés, mais tronqués, une vision partielle (et partiale) dont le but ultime est de nier qu'il existe un "modèle français" et surtout de pointer ses lacunes, que ce soit dans le discours économique ou social. Par exemple, la presse a beaucoup évoqué le "modèle danois", sous l'angle de la "flexisécurité". L'on imprimait à l'époque que le travailleur danois pouvait être licencié plus facilement qu'en France, mais que l'agence pour retrouver un emploi était plus efficace, associant activement employeurs et syndicats de travailleurs.
Que reste-t-il de ce "modèle" dans les discours des responsables ? Le Medef a retenu la "flexibilité" pour le salarié. Et c'est la collectivité qui devra assumer la "sécurité", sans que les entreprises payent ! En somme, l'état et l'UNEDIC (ou un autre organisme) assumeront la formation des salariés en manque d'emploi du fait de la flexibilité.

Le plus grand problème à résoudre est celui de l'emploi. Et les "modèles" tels qu'appliqués ne sont que des rustines. 

Le plus souvent, les "modèles" cités le sont en dépit de leur contexte. Ce qui permet soit d'en retenir l'aspect qui arrange tel ou tel (en général le Medef, plus écouté que les syndicats), soit d'indiquer que le modèle est inapplicable en France (surtout s'il comporte une avancée sociale par rapport à la situation des travailleurs).  


Surtout, la référence à des "modèles" étrangers permet d'éviter de poser les questions nécessaires en France, et de chercher des solutions qui risqueraient de froisser (les pouvoirs établis, les lobbys, ...).
Certes, l'on parle du "modèle français" quand il s'agit de faire avaliser une "réforme" perdant-perdant comme celle des retraites : cotiser plus pour avoir moins, avec en affichage "sauver les retraites par répartition" (c'étaient les "éléments de langage" distillés par la présidence de la république, dûment concoctés par des agences dites de communication).


Il est pourtant légitime de s'inspirer de ce qui fonctionne mieux à l'étranger que chez nous. A condition de contextualiser. Et donc de chercher à l'adapter à notre contexte. Au lieu de quoi des gens fort diplômés subissent ou veulent nous faire subir l'attraction pour des "modèles". A suivre évidemment, et aveuglément. Et sans tenir compte de l'histoire de notre pays. 
En fait, et c'est pitoyable pour nos élites auto-proclamées, la référence aux modèles étrangers n'a donné que la dégradation des systèmes de protection sociale français élaborés dans les conflits mais intégrés in fine. Or il s'agit, dans les références aux "modèles", de s'aligner sur le "moins disant" social - en prenant des précautions rhétoriques que n'a pas suivi M. Dassaut en invitant ses ouvriers à suivre l'exemple chinois, et notamment dormir dans l'atelier.


Alors soyons radical et suivons le "modèle" du moins-disant social (qui reste implicite dans les discours actuels). 
Soit un travailleur à bas coût salarial, payé à l'heure, cotisant lui-même pour sa santé ou / et sa retraite, sans contrat durable (il faut de la flexibilité), et rémunéré en fonction des conditions de la concurrence. Cela ne vous rappelle rien ?

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