vendredi 15 juillet 2011

EAF

Correction du baccalauréat : épreuves anticipées de français (E.A.F.), session de juin-juillet 2011.


Quelques impressions, passées les corrections de l'écrit et les épreuves orales.

J'ai « opéré » pour 57 candidats de la série STG et 8 de la série Hôtellerie (etc), soient 65 candidats. Le coefficient est de 3 seulement (2 pour l'écrit, 1 pour l'oral) pour cette matière.

Pourquoi livrer mes impressions de correcteur ? L'inspection livrera certainement au ministère des données chiffrées passées à la moulinette statistique, mais qui ne seront peut-être pas publiées : en effet les notes définitives seront celles avalisées ou modifiées par les commissions du baccalauréat l'an prochain. Mais la statistique ne rendra pas compte de ce qui se passe, surtout pour ceux qui se souviennent des livrets d'évaluation des élèves de seconde : a-t-il produit un écrit, cochez 1 ; a-t-il utilisé l'imparfait, cochez 1... Et ainsi de suite : « l'exercice » de rédaction pouvait être coté favorablement sans que l'élève ait produit un texte sensé ! Or l'on constate maintenant qu'il faut à toute force mettre au moins quelques points à des devoirs à peine rédigés, avec moins de 50% des phrases correctes, claires et sans fautes. Pour mémoire, un taux de reconnaissance des caractères inférieur à 99% est rédhibitoire pour un logiciel d'O.C.R. (reconnaissance optique des caractères) – le sens échappe encore aux automates. Alors oui, il faut bien que des correcteurs fassent part de leur expérience, hors du discours convenu de la hiérarchie. Il faut surtout que le citoyen connaisse la déliquescence dans laquelle, et en son nom, nos « élites » plongent l'éducation nationale (sans jamais avouer leurs plans).

Le pire, la syntaxe de la phrase non maîtrisée (erreurs de construction) : absence de verbe, phrases de cinq lignes ou plus dont la structure n'est pas perceptible, zeugmes (la phrase commence avec une construction, et se poursuit avec une autre). Au point que dans certains devoirs, plus de 20% des phrases étaient fautives (sans compter le pur charabia). C'est la première fois que le taux de phrases fautives atteint un tel degré : depuis des années les correcteurs déplorent la faiblesse de l'orthographe, mais quand la syntaxe est atteinte, la situation est très grave. Quand des aspirants bacheliers ne savent plus faire de phrases, que dire de la maîtrise de la langue ?

L'orthographe est aussi aléatoire que ces dernières années, mais j'ai eu l'impression que le nombre d'erreurs était stable (il est vrai que cette année j'avais en classe presqu'un huitième de dyslexiques, déclarés, ou pretendûment « guéris »). Les impropriétés sont en revanche de plus en plus nombreuses chaque année (et cela aussi dans les classes), qu'elles touchent le lexique « spécifique » aux lettres (acteur au lieu de personnage, incipit pour scène d'exposition, locuteur pour auteur ou dramaturge, …) ou le lexique courant (au point que la lecture ne permet pas de comprendre le sens de ce qui a été écrit).

Les questions et les sujets « d'écriture » semblent avoir été peu ou mal compris. Je n'ai vu aucune réponse aux question qui fût complète, et beaucoup étaient hors-sujet totalement ou partiellement. Moins de cinq copies proposaient de l'analyse, quant aux réponses synthétiques, elles furent encore moins nombreuses. La plupart des candidats ont répondu par une description partielle du corpus, agrémentée d'un peu de verbiage. Le sujet d'invention ne comportait pas d'argumentation ni de débat (quant à la forme du dialogue « d'idées », elle semble inconnue de nos candidats). Le commentaire, choisi par une écrasante majorité, n'a que trop rarement donné lieu à l'analyse du texte. Le plus souvent, aussi, un des deux « axes » proposés par le sujet a été sacrifié, faute de temps ou plus certainement, faute de réflexion préalable. Enfin, comme il arrive souvent dans les séries technologiques, les « audacieux » qui ont choisi la dissertation l'ont fait par incapacité à traiter les autres sujets, et non par goût ni par maîtrise de cet exercice (une seule copie présentait des références précises à des œuvres théâtrales).

La rhétorique (la composition du devoir, plus concrètement) péchait le plus souvent. Trop rares étaient les transitions, les conclusions partielles des développements, la conclusion générale qui au moins récapitule les étapes du raisonnement (il est vrai que ce dernier était fréquemment absent). Il est même arrivé que manquât l'introduction (pour le sujet d'invention).

L'épreuve orale était aussi décevante. Les défauts habituels semblent se renforcer : pour être lapidaire : le candidat fournit un exposé à côté du texte (qu'il évite soigneusement d'analyser ou d'expliquer), à partir d'une fiche qu'il peine à restituer, voire à comprendre. Il fallait déployer des trésors d'ingénieuse bienveillance pour que l'entretien comportât quelque contenu.

Quel sentiment de gâchis et d'absurdité ont pu ressentir bien des correcteurs durant plus de deux semaines ! Et l'on me demande en plus de « remonter » mes notes … alors que je n'avais presque rien à évaluer ... Enfin, il y aura une heure de moins d'enseignement du français dans les séries technologiques à partir de la prochaine rentrée, réforme oblige. À quand la suppression pure et simple de cette épreuve ? Ou sa dilution dans un contrôle continu qui permettra toutes les pressions ?

Il s'est déjà vu, dans d'autres secteurs, que l'on privatise un service public après l'avoir délibérément saboté à coup de « réformes » et de nouvelles gouvernances. L'efficience du service rendu est-elle avérée ?

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