samedi 24 mars 2012

information

de l'information

L'information occupe une place majeure dans les interactions sociales. La collecter, la lire et la décrypter, l'utiliser pour prendre des décisions ou pour des raisons sociétales (marquer son appartenance, par exemple) ... elle a des usages si divers qu'ils ne semblent pas "catégorisables".

Mais qu'est-ce que l'information ?

 

De façon concrète, il s'agit de la mise en forme de nouvelles et de faits. Et c'est là qu'il faut d'abord réfléchir.
S'il ne s'agit que de rapporter des faits et événements, il est déjà assez difficile de le faire, selon que l'on est témoin direct ou indirect, et vu la subjectivité des témoignages. Cependant, au moyen du recoupement des diverses sources et témoignages, le journaliste peut proposer une description assez fiable de faits, comme les faits divers, un phénomène naturel (tempête, séisme, ...), une manifestation, ...
Il faut également contextualiser le fait ou l'événement. C'est-à-dire le mettre en relation avec des faits de même nature, qui peuvent aussi l'expliquer. La contextualisation est une mise en forme seconde, où l'interprétation a une grande part. Par exemple, pour la relation d'un séisme, la contextualisation peut aussi bien comprendre la relation des séismes antérieurs (et les comparaisons afférentes), qu' un état et une évaluation des mesures préventives prises par les "autorités", qu'une condamnation de la mauvaise gestion des risques, ... De fait, la contextualisation donne une signification à un événement singulier, en lui ôtant sa singularité (au moins partiellement) et en l'inscrivant dans une continuité.
Enfin, l'événement peut être analysé ou commenté, c'est-à-dire interprété. L'événement devient synptôme , voire prétexte (pré-texte), et passe à l'arrière-plan en tant que tel. Et c'est dans l'interprétation que se déploie l'idéologie, la tentation d'influencer le lecteur en lui imposant des schémas de pensée, parfois à son insu.

 

L'information est-elle contrôlée ou libre ?

Au vu de ce qui précède, la question semble bien naïve. Sans être paranoïde, l'information est effectivement contrôlée à toutes les étapes de sa diffusion. D'abord, la recension des faits est effectuée le plus souvent par les autorités, auprès desquelles s'informent les agences de presse (qui communiquent entre elles). Il existe aussi d'autres sources, comme les associations, ONG, observatoires divers etc... , mais les informations des autorités tendent à primer car elles sont "officialisées". Et les autres sources ne sont pas nécessairement plus "objectives" que les autorités. Le journaliste ne sera pas nécessairement en état de vérifier l'information ou de la recouper : limitations des autorités, manque de moyens, précipitation, politique de son employeur, incompétence, ... les raisons ne manquent pas pour que des événements soient en fait directement relatés par les autorités, sous le couvert de journalistes plus ou moins complices.
Soit un exemple concret, et très local. Dans une petite commune, "à deux kilomètres des habitations les plus proches, un entrepôt de bois est victime d'un incendie, signalé aux pompiers (à trois kilomètres de là), par un automobiliste, à une heure du matin, un dimanche. Les pompiers ont éteint l'incendie à trois heures du matin, étant sur les lieux à une heure vingt minutes (selon leur commandant). Quatre ans auparavant, le même entrepôt avait aussi subi un incendie dans le même créneau horaire. La gendarmerie enquête sur l'hypothèse d'un incendie volontaire". 

Le journaliste, un "échotier", n'a pas eu à se déplacer : c'est la gendarmerie qui lui a communiqué l'information qu'il a fait publier dans le journal local (après approbation du rédacteur en chef de la rubrique. 
Mais il se dit que cet entrepôt appartient à un entrepreneur de BTP qui dérange : il s'est fait des ennemis d'employés licenciés de façon cavalière, et dérangerait d'autres entrepreneurs bien implantés localement et pour lesquels il représenterait un danger concurrentiel. Il a été question aussi d'un camp de Roms établi à deux kilomètres. Bien sûr ce ne sont que des ragots, mais une véritable enquête journalistique devrait les infirmer ou les légitimer. 
Mais ... le journaliste (un simple correspondant) réside à 30 kilomètres de là, et les concurrents suspectés par la rumeur sont des annonceurs généreux.
Alors, si à un si petit niveau se liguent tant d'intérêts et de petitesse, qu'en est-il à d'autres niveaux ? Ce petit exemple montre que l'information est contrôlée, même pour des faits divers. Il va de soi que le contrôle est plus important quand il s'agit d'informations de niveau national ou international.
Le contrôle s'exerce au moins aux niveaux suivant : la collecte de l'information, son tri et son classement, sa mise en forme, sa diffusion.

 

La déception de la "net-information".

Quelques utopistes (ils furent nombreux) ont pensé que les internautes pouvaient créer leur propre "fil" d'information, en relatant ce qu'ils voyaient, constataient, etc. Mais une vidéo prise d'un portable (voire d'une caméra numérique) n'est pas une information. Qui plus est les images sont facilement manipulables et manipulées. Enfin, donner à chacun la possibilité de "faire l'information" a donné lieu à des dérives très sévèrement fustigées par les "professionnels" établis - alors qu'ils ne sont pas si blancs, mais la bataille était inégale. Il est de fait qu'un film brut n'est pas une information en soi.
L'information continue à être le fait d'agences (Reuters, AFP, ..) qui ont des sources et des moyens considérables par rapport aux internautes, qui ne sont pas légitimes pour les autorités (ou qui, le devenant, ne seraiant plus légitimes pour les internautes).
Le résultat est que nombre de sites traitant d'information sans être des extensions d'institution de la presse, commentent des commentaires. Slate, Atlantico, Rue89, Agoravox, ... se contentent de commenter des articles déjà publiés, et se font référencer comme sites d'information ! Cette tendance existait déjà dans la presse "classique", pour les "analyses" de sondages.

 

Quelles conséquences ?


L'information est nécessaire pour prendre des décisions pertinentes, soit dans sa vie personnelle, soit dans sa vie professionnelle. Mais elle est biaisée. Alors que faire ?
D'abord exercer son esprit critique de manière contrarienne : si l'on me dit ceci, que veut-on donc que je pense, et à qui cela profiterait-il ? Cela me profiterait-il ?
Pour nos amis du consortium, c'est plus simple : quand une idée apparaît dans la presse, sur un secteur d'investissement par exemple, elle est déjà obsolète.

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