lundi 20 août 2012

La géopolitique revient en avant-scène


La géopolitique entendue au sens restrictif comme l’examen des relations internationales, entre états ou groupes d’états, fondée sur les rapports de force et leur judiciarisation (traités, …) revient sur le devant de la scène (mais l’avait-elle quittée).

Ce sont les préparatifs de guerre entre Israël et l’Iran qui remettent la géopolitique à la une de l’actualité en Europe.
Mais il ne s’agit plus de raisonner en termes d’antagonismes entre états. Il faut compter avec d’autres intérêts à préserver ou à accroitre, souvent “privés”. Et où les populations n’ont pas voix au chapitre, hormis pour se faire manipuler, tuer, spolier, etc. C’est toujours à leur détriment. 
La difficulté principale pour aborder les questions de géopolitique vient de ce que les données sont souvent complexes (loin de la simplification médiatique), et peu transparentes.

Il faut d’abord prendre en compte les données de politique intérieure.

En Israël se développe une contestation sociale qui fragilise le gouvernement issu d’une coalition aussi instable que les précédentes. A l’extérieur, la colonisation de Jérusalem Est et de la Cisjordanie reçoivent un accueil plus défavorable, car les négociations de paix avec la Palestine ne peuvent que s’envenimer. De plus, Israël s’assoit si souvent sur les traités internationaux que cela commence à faire tache. Donc mener une “guerre préventive” contre l’Iran, pour détruire de supposées installations nucléaires militaires présente bien des avantages : ressouder la nation, faire passer (une fois de plus) la question palestinienne en arrière-plan, détruire ou ralentir le potentiel technologique de l’Iran et garder ainsi la domination technologique dans la région (et la suprématie militaire que confère l’arme atomique, difficile d’emploi cependant).

En Iran, le pouvoir a aussi besoin d’une légitimité, contestée après des élections si manifestement truquées qu’elles ont donné lieu à des manifestations durement réprimées. L’Iran est aussi l’objet d’un “containment” de la part des USA, démarré depuis au moins dix ans : ouverture de bases militaires dans les pays proches, et sanctions économiques variées et diverses sous divers motifs.

Si l’on parle beaucoup du projet iranien d’accéder au nucléaire militaire, il s’agit principalement de maintenir la circulation du pétrole dans le détroit d’Ormuz, par où s’achemine plus de 20% du pétrole brut mondial. Et les monarchies du Golfe qui le produisent ont un besoin vital de ce Golfe Persique. Qui plus est, sunnites en majorité, elles ont des difficultés avec leurs minorités chiites, soutenues par l’Iran. Contre exemple : l’on fait moins de bruit sur l’accès à l’arme nucléaire du Pakistan. Mais il est membre de l’OTAN. Il faudra compter avec l’oléoduc que construit la Chine pour s’approvisionner en pétrole iranien par voie terrestre (en traversant le Pakistan). Rien n’est simple, d’autant que les monarchies pétrolières financent des mosquées salafistes hors de leurs pays, en Afrique voire en Europe.  Or ces mosquées, si elles ne sont pas aussi maîtrisables qu’il est souhaité, sont des têtes de pont avancées pour la guerre idéologique et la manipulation des opinions publiques. Il suffit de voir en France et en Europe les campagnes de revendications de “droits” qui enfreignent la laïcité, et auxquelles complaisent des politiques en mal de légitimité.

Alors, s’il éclate un conflit ouvert entre Israël et l’Iran, au motif qu’Israël se sentirait menacé par l’Iran et devrait mener contre celui-ci une “guerre préventive” – notion importée des USA pour le pire des relations internationales – le Moyen-Orient changerait d’équilibre, sans que la question palestinienne soit résolue. Dans l’hypothèse d’un effondrement du régime iranien, les majors pétrolières pourraient revenir dans ce pays, en plus de l’Irak, en contrant les projets chinois d’approvisionnement hors de leurs circuits. Mais la Chine et la Russie peuvent-elles laisser écraser l’Iran ? Quant à la menace nucléaire “islamiste”, elle est plus réelle au Pakistan… frontalier de l’Iran.

La sphère financière tirerait également profit d'un tel conflit : par le hausse du prix du baril de pétrole, par les retombées sur le secteur de l'armement et de ses technologies, par l'effort financier qui sera imposé aux populations, etc. L'avertissement à la Chine risque de ne pas donner les résultats escomptés : la stratégie à long terme de "containment" à son égard pourrait crisper un pouvoir politique de plus en plus contesté, et que le nationalisme anti-occidental pourrait relégitimer.

Si Israël veut agresser l'Iran, la boîte de Pandore n'est pas prête de se fermer. Puisse l'Europe ne pas s'impliquer dans un conflit où elle aura tout à perdre.

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